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Le blog de Jean Casanave
Ruminations

Jan de Bartaloumé, alias Jean Casanave, est un prêtre béarnais. C’est avec ce pseudonyme qu’il a publié aux Éditions Médiaspaul en octobre 2020 Le roman inachevé du bœuf de la crèche (*). Il portait ce patronyme lorsque les bœufs et les vaches constituaient la force motrice des travaux des champs. Ce nom était celui de la maison natale. Il situait chacun dans l’espace et le temps qui l’enracinaient dans un passé pour mieux lui ouvrir un avenir.

Jean Casanave a été aumônier de jeunes scolaires, d’université, curé de paroisse et responsable pendant trente ans de la formation permanente des chrétiens. Il partage ici ses « ruminations ».  Parmi ses publications : Renouer avec la terre, 1997 ; Le ciel est rouge, il fera beau, 2004 ; Éclats de vie, 2007 ; L’un de vous, prêtre d’une fin de siècle, 2018.

 

Près du tombeau

 

J’imagine, en ce premier jour de la semaine, Satan arcbouté derrière la pierre, maintenant close la fermeture du tombeau où gît le « Prince de la Vie ». Ce gêneur, cet imposteur, celui qui étalait au grand jour par sa seule présence les œuvres obscures des puissances du mal est enfermé définitivement dans les entrailles de la terre, dans ce shéol visqueux des êtres sans consistance. Et pour être sûr de maintenir étanche le couvercle de pierre pendant les trois jours requis pour bien valider la mort, il appelle à l’aide les foules imbéciles qui, pour quelques deniers, se laissent séduire.

Or voici que l’aube lève. La nuit de la vie ne résistera pas à la clarté et à la chaleur renaissantes. Quelques femmes en pleurs s’approchent et la sécheresse du rocher se fissurera sous l’ondée bienfaisante des larmes ; le silence mortel laissera filtrer le murmure d’une espérance inouïe.

Qu’adviendra-t-il du tombeau de notre monde ? Comment ne pas être effrayé par le pouvoir du mal qui étend son empire et s’infiltre jusque dans l’âme d’enfants ou d’adolescents qui battent, qui noient, qui tuent celle qu’ils appelaient « copine » ? Comment après des siècles de civilisation et de culture en vient-on à violer femmes et enfants ? à égorger un vieux prêtre, un enseignant ? à empoisonner un opposant ? à asphyxier un simple récalcitrant ? à laisser la mer engloutir une partie de nos enfants qui cherchaient un pays accueillant ?

Il faut croire que les feux de l’aube n’éclairent pas assez, que les pleurs glissent sur la pierre lisse et que l’homme résiste encore à l’injonction divine : « Arrière Satan ! » Car il y a en chacun de nous un Simon Pierre, ardent à suivre le Christ, et un Satan, prêt à l’abandonner.

Mais confiance ! Les « portes de l’enfer » ne sont pas scellées à jamais. Le Christ est ressuscité, la pierre est roulée, l’Esprit s’est répandu dans le jardin d’une nouvelle genèse. Déjà un brin de vie verdoyant s’est incrusté dans l’entaille de la dalle. Les larmes et le sang du pressoir de la Croix l’arroseront et la lourde chape du mal se fendra et basculera dans son néant…

 

 

Publié le : 02 Apr 2021